Vindicte populaire : l’injustice par le gril.
28 juin 2016
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Vindicte populaire : l’injustice par le gril.

On se croirait revenus aux temps de l’Inquisition. A la différence notable que dans les rues de Cotonou et autres villes du Bénin où se déroule le phénomène, il n’y a pas de tribunaux. Mais les verdicts tombent aussi net, brutaux et raides comme de ces temps moyenâgeux de regrettable mémoire. Et les exécutions sommaires se multiplient, les buchers et les barbecues humains de ceux-là qui ont choisi la voie de la déviance. Certains citoyens pensent ainsi nettoyer la société de ses ordures humaines. Sauf que la vindicte populaire n’est et ne sera jamais la solution à l’insécurité.

Les populations l’utilisent peut-être comme un signal. Une admonestation à l’endroit du gouvernement et de son Ministre de la sécurité que la plupart des observateurs trouvent trop mollasson pour le profil de l’emploi. Sacca Lafia n’a en effet jamais brillé par sa poigne, alors même que la plupart des Béninois en sont à penser que pour être ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, il faut en avoir, de la fermeté. Et en avoir l’air.

Mais le phénomène de l’accroissement des actes de vindicte populaire qui essaime dans plusieurs grandes villes du pays ne procède pas que de cela. Il découle aussi de la recrudescence du banditisme et de la criminalité dans les cités. Braquages, cambriolages, vols de motos, viols, agressions diverses. On eut dit que les divorcés sociaux, terme particulièrement prisé pour les désigner au Bénin, se sont donné le mot pour non pas reprendre, mais accroitre du service. Et comme les forces de sécurité et la Justice paraissent débordées ou inefficaces aux yeux d’une certaine frange de la population qui n’est pas que celle des analphabètes comme on pourrait le croire, la riposte consiste en cette flambée de barbecues humains que leurs auteurs imaginent comme étant la solution au mal ambiant.

Problème, la vindicte populaire n’a jamais nulle part été la solution à l’insécurité, et ce n’est pas le Bénin qui fera exception à cet état de chose. Sans doute peut-elle effaroucher les petits délinquants, maraudeurs et rôdeurs de nuit. Mais ceux qu’on appelle les « divorcés sociaux », les vrais, n’en ont cure. Bien au contraire. La recrudescence de la pratique les radicalise. Ils n’hésitent dès lors plus à faire usage de leurs armes à feu contre quiconque ose se mettre en travers de leur chemin à l’occasion de leurs raids. Combien de fois d’ailleurs une meute de braqueurs en armes, tirant comme ils savent le faire sur tout ce qui bouge, a-t-elle déjà été arraisonnée par les foules ici au Bénin ? Moi en tout cas, je n’en ai pas souvenance. Ce sont toujours les petits fautifs, voleurs de bétail, de motos, de portefeuilles, qui s’y font prendre, et occire. Ni les brigands de haut vol, et encore moins les criminels à cols blancs tapis dans les administrations et les institutions n’ont grand souci à se faire.

De plus, la vindicte populaire fait bien souvent des victimes innocentes. Elle est toujours désordonnée. Perpétuellement hystérique. Quand elle se déclenche, plus personne ne distingue personne. Nul ne sait qui apporte et jette le pneu au cou du présumé voleur. Nul ne sait qui l’asperge d’essence, ni qui craque l’allumette. Et cette chienlit a déjà couté la vie à bien de personnes étrangères au forfait commis, mais présentes au mauvais endroit au mauvais moment.

C’est en foi de tout cela que je ne me résous pas à affirmer que la vindicte populaire, c’est de la justice même expéditive. Ce n’est pas de la justice. Ce n’est ni plus ni moins que du non droit dans un pays qui se réclame « de droit ».

C’est mon opinion, et je la partage.

 

James-William GBAGUIDI

Mots clés chronque, opinion

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