Vers l’hypercentralisation de la gouvernance Talon ?
29 août 2016
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Vers l’hypercentralisation de la gouvernance Talon ?

Voici le plus monumental coup foireux de Patrice Guillaume Athanase Talon depuis son accession au pouvoir ; un coup foireux qui aura échappé à l’attention de bien de monde. Près de cinq mois après l’alternance au sommet de l’Etat, le nouveau régime donne une des indications les plus inquiétantes d’une certaine similitude avec celui du Dr Thomas Boni Yayi : la centralisation de la gouvernance. Cela se joue à la Présidence de la République. Avec notamment la création de la fameuse cellule d’analyse et d’enregistrement des projets d’arrêtés ministériels et préfectoraux. Sans que l’on ne puisse affirmer s’il s’agit un choix assumé ou du résultat malheureux d’un montage destiné à d’autres fins.

« Carton jaune de Patrice Talon à Modeste Toboula ». C’est ainsi que j’ai perçu à l’instar de nombreux observateurs de la scène politique béninoise, l’annonce à l’issue du Conseil des Ministres du 24 aout dernier, de la prochaine mise en place de cette fameuse cellule d’analyse et d’enregistrement. Il est vrai que l’une de ses fonctions principales sera de limiter le volontarisme hyperactif de certains serviteurs du Nouveau départ comme le Préfet du Littoral qui nous a déjà gratifiés de quelques actions d’éclat diversement vécues et interprétées. Mais au-delà de cet objectif inavoué, la naissance de la Cellule est porteuse de certains risques qu’il ne faut pas négliger.

Je rappelle à toutes fins utiles que la nouvelle structure s’appellecellule d’analyse et d’enregistrement des projets d’arrêtés ministériels et préfectoraux. Si l’analyse des projets d’arrêtés préfectoraux apparait, par le fait de certaines décisions à polémique récentes et anciennes, tout-à-fait justifiée, il n’en est pas de même dans le cas des projets d’arrêtés ministériels. Au contraire du Préfet, le Ministre dispose d’un vaste cabinet composé d’experts dont l’un au moins, le Conseiller technique juridique, est préposé à la tâche d’analyse des projets d’arrêtés. La création de la fameuse cellule présidentielle viderait donc de son contenu le rôle du CTJ, désormais supplanté. Mais là n’est pas le plus grave.

Désormais, avant de prendre le moindre arrêté, il faudra aux Ministres qui sont 21 et aux préfets qui sont 12, consulter une superstructure de je ne sais combien de membres, logée à la Présidence de la République, dont l’avis deviendrait obligatoire. Si cela n’est pas une résurgence de la gouvernance centralisée de Thomas Boni Yayi, je suis bien curieux de savoir ce que c’est. Le Docteur-Président voulait et devait tout savoir de tout ce qui se tramait dans la moindre institution étatique. Il avait parait-il, des hommes préposés à la fonction d’information, mais il n’était pas allé jusqu’à créer une structure pour cela. La Cellule présidentielle d’analyse et d’enregistrement des projets d’arrêtés ministériels et préfectoraux ne risque quant à elle en plus de la centralisation à outrance dont elle est porteuse, que de rajouter de la lourdeur administrative à l’inefficacité qui existe déjà dans le domaine. Sans oublier des rapports forcément conflictuels qui pourraient s’établir entre les membres de la structure (dont on ignore encore qui ce sera) et les Ministres qui se retrouveraient en position d’obligés vis-à-vis de ceux-ci.

Alors, questions : comment Patrice Guillaume Athanase Talon qui lui-même n’a cessé de dénoncer cette lourdeur administrative préjudiciable au développement peut-il instruire le gouvernement à mettre en place une telle institution (forcément budgétivore) et surtout à lui attribuer de telles fonctions pour lesquelles d’autres fonctionnaires de l’Etat sont déjà payés ?!? Et d’ailleurs, les Ministres ayant participé au Conseil du 24 aout n’ont-ils pas perçu le risque de rétrécissement de leurs prérogatives ou le Chef de l’Etat se serait-il montré inflexible comme l’autre ? Ou alors, l’idée viendrait-elle de Pascal Irenée Koupaki, le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République, qui il faut le rappeler est le super-patron de l’administration présidentielle et donc de toutes ces structures qui prennent corps au palais de la Marina ?

Des motifs d’inquiétude et d’interrogation s’accumulent donc, mais une chose est sure : au contraire de son prédécesseur, Patrice Talon s’il maintient l’idée de création de sa fameuse structure, n’osera pas demain venir nous servir le « je n’étais pas au courant », habituel moyen de se défausser de Thomas Boni Yayi, champion de la dérobade.

C’est mon opinion, et je la partage.

James-William GBAGUIDI

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