Talon et les étudiants : le commencement d’un désamour assumé.
6 octobre 2016
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Talon et les étudiants : le commencement d’un désamour assumé.

Alerte rouge dans les universités publiques au Bénin ! Le gouvernement dans sa « volonté de ramener l’ordre » sur le campus universitaire d’Abomey-Calavi, vient de décider en Conseil des Ministres, c’est dire à quel point c’est solennel, d’interdire de toute activité les fédérations, unions, associations ou organisations faitières d’étudiants. Et Pascal Iréné Koupaki, le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République d’ajouter, l’air serein, qu’à l’avenir, les conditions d’exercice des activités et / ou de reconnaissance des associations d’étudiants seront définies par décret pris en Conseil des Ministres. La nouvelle est tombée au soir de ce 05 octobre 2016 comme une massue. En 26 années de démocratie et plus, et autant d’activisme estudiantin de formes variées, jamais on n’avait atteint une telle extrémité. Un choix gouvernemental assumé, mais qui est porteur de risques innombrables dont je me demande si tous ont été mesurés dans leurs justes proportions.

Patrice Guillaume Athanase Talon ne craint pas d’être impopulaire. Il n’est pas à l’image de Boni Yayi, c’est bien le cas de le dire encore une fois. Le nouveau Président de la République du Bénin n’a certainement pas oublié avoir été porté en triomphe par la grande majorité des étudiants à l’occasion de la dernière présidentielle, mais ce n’est pas pour autant qu’il décide de se laisser aller à des compromissions face à une situation qui exige des actions. L’un des risques pour le chef de l’Etat, c’est en effet de s’aliéner le soutien de ces dizaines de milliers d’étudiants. Mais pour un homme qui n’ambitionne pas se représenter candidat à sa propre succession, quelle importance !

C’est à ce titre que le gouvernement risque et d’ailleurs commence déjà à être accusé de n’avoir pas d’égard pour les libertés publiques. Juristes et politistes glosent déjà sur la légalité ou non des mesures prises, et beaucoup y voient en effet une violation pure et simple de la liberté d’association reconnue par la constitution béninoise à tous les citoyens, étudiants ou non. Les noms d’oiseaux aussi « agréables » que traitre, dictateur, despote et bien d’autres commencent déjà à fuser de certains milieux bien connus.

Autre menace d’envergure, c’est la réaction envisageable des principaux concernés : les étudiants. Alors que se fissuraient leurs rangs il y a quelques semaines avec le mea culpa et la demande de grâce formulées par l’une de ces organisations au sujet de la crise en cours à l’Université d’Abomey-Calavi, la décision gouvernementale ne risque que de les pousser à retrouver leur cohésion et à faire front. Il est donc à craindre dans les jours à venir, un regain de protestation et peut-être bien de violence sur le campus d’Abomey-Calavi, voire dans certaines autres universités épargnées jusqu’ici par les échauffourées.

Risquée et assumée, la décision de Patrice Talon a quand même quelques fondements solides. La violence systématique érigée en mode de revendication sur le campus depuis bien des années avec à la clé les actes de vandalisme (incendie, destruction de biens publics, molestation d’étudiants, l’aspersion de substances malodorantes dans les salles de classe) enregistrés ces dernières années, la militarisation du mouvement estudiantin, les menaces à peine voilées à l’encontre des autorités et des enseignants, etc.) Etait-il tout de même nécessaire d’interdire d’activité TOUTES les organisations et associations ? Certaines n’ont d’autres fonctions que culturelles, scientifiques et artistiques. Celles-là n’ont en conséquence jamais menacé la paix et la quiétude dans les universités.

Mesure conservatoire, laissait entendre Pascal Irénée Koupaki à l’issue du Conseil des Ministres. Soit. Attendons de voir ce que décidera le gouvernement au sujet de la réorganisation annoncée de ces mouvements. D’ici là, je suis curieux de voir les mesures prises pour que les décisions annoncées ne soient pas plus fatales que les situations qu’elles sont censées venir résoudre.

C’est mon opinion, et je la partage.

James-William GBAGUIDI

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