Organisations estudiantines : qui va se saborder ?
14 octobre 2016
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Organisations estudiantines : qui va se saborder ?

Le jeu du gouvernement est désormais clair. L’intention cachée derrière la décision d’interdiction d’activités décrétée vis-à-vis des organisations et associations faitières des étudiants sur les campus du Bénin a été révélée dans sa plénitude à l’occasion de la conférence de presse donnée par quelques membres du gouvernement soutenus dans leur initiative par d’anciens présidents d’organisations estudiantines aujourd’hui aux affaires. Il s’agit de mettre un terme à la triplicité d’acteurs et quelquefois d’interlocuteurs étudiants dans le cadre des activités et des négociations mettant en relation ceux-ci avec les autorités rectorales et gouvernementales. Au-delà des petits arrangements entre droit et politique auxquels la conférence de presse en question a ressemblé de temps à autre, il est apparu un élément sur lequel la classe politique nationale dans son ensemble, la communauté universitaire et les acteurs de la société civile pourraient s’accorder avec le gouvernement : la nécessité de réformer le mouvement étudiant. Mais questions : à qui revient-il de le faire ? Comment ? Et surtout, lesquels de ces mouvements étudiants vont-ils accepter de se saborder ?

Vérité de Lapalisse, évidence parmi les évidences : le mouvement étudiant est au Bénin aujourd’hui, éclaté. Cela fait une bonne vingtaine d’année que pour prendre toute décision sur le campus d’Abomey-Calavi ou concernant la vie estudiantine, les autorités rectorales et gouvernementales doivent jongler entre les desiderata et exigences disparates de trois organisations faitières : la Fédération nationale des Etudiants du Bénin (FNEB), l’Union nationale des Etudiants du Bénin (UNEB) et l’Union nationale des Scolaires et Etudiants du Bénin (UNSEB). Un véritable parcours du combattant quand il faut convaincre chacun d’eux d’accepter une décision, de l’accompagner ou de s’y soumettre. Il est tout aussi difficile de voir les trois associations s’entendre sur une plate-forme commune et un mode concerté de revendication. Aux choix des uns de négocier, s’oppose bien souvent la décision des autres de paralyser les activités académiques et d’autres encore, de s’attaquer aux infrastructures et symboles de l’autorité sur le campus.

La décision du gouvernement, maintenant qu’elle apparait plus claire, par-delà l’illégalité que dénoncent encore des juristes et partisans acharnés des libertés publiques, a peut-être une chance d’apparaitre opportune. Encore faudrait-il en déterminer les modalités de mise en œuvre. Les Ministres commis à la tâche d’explication de texte, ont indiqué ne pas avoir l’intention de se mêler de la réorganisation du mouvement étudiant. A qui revient-il alors de le faire ? Peut-on raisonnablement penser que les trois associations estudiantines qui revendiquent chacune une prégnance et une influence certaine au campus d’Abomey-Calavi, vont réellement convenir de fusionner dans l’intérêt supérieur de la communauté universitaire ? Sur quelle base concrète ? L’UNSEB qui réunit élèves et étudiants va-t-elle simplement sacrifier sa branche scolaire ? La FNEB qui revendique le plus grand nombre d’affiliations d’entités universitaires acceptera-t-elle de siéger à égalité avec les autres au sein de la nouvelle instance ? Et l’UNEB, ses responsables conviendront-il de se contenter d’une portion congrue dans l’avenir ? Que deviendront les institutions spécialisées affiliées à chaque association ? Vont-elles fusionner également ?

Rien n’est encore très clair, mais déjà un autre risque se profile à l’horizon. On a beau déplorer la multiplicité des organisations faitières estudiantines, il faut encore se remémorer les circonstances de leur avènement et les causes de leurs actions bigarrées. C’est suite à des accusations de corruption de certains responsables étudiants, qui plutôt que de défendre les intérêts de leurs camarades, ressortaient des négociations avec le Rectorat et le gouvernement, riches, la bouche en fleurs, l’air serein, que d’autres mouvements sont nés. La réunification du mouvement estudiantin saura-t-il faire disparaitre ce vieux démon ?

Le sabordage en préparation n’est donc pas simplement celui de quelques associations au profit d’une nouvelle. Il peut remettre en cause jusqu’à l’essence même de la lutte estudiantine. Si d’ici à sa mise en œuvre, la cour constitutionnelle ne vient elle aussi saborder les espoirs de ceux qui pensent arrivée la solution à leurs problèmes de mobilité et de liberté d’étudier en toute quiétude dans les universités publiques du Bénin.

C’est aussi mon opinion, et je la partage.

James-William GBAGUIDI

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