La « brutalité » de la méthode Talon en question.
18 octobre 2016
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La « brutalité » de la méthode Talon en question.

« La méthode Talon est brutale ». C’est ce que pense en tout cas Jean-Michel Abimbola, ancien ministre de la culture et du tourisme du président Boni Yayi et actuellement député membre de la minorité parlementaire. Animosité de l’ancien apparatchik qui a vu disparaître avec l’ancien régime les avantages et privilèges auxquels il aurait bien voulu continuer à goûter ? Amertume exprimée par le ressortissant du département du Plateau, dont la ville natale Kétou a perdu son statut de ville universitaire du fait de l’avènement du Nouveau départ ? Ou simplement coup de semonce d’un observateur perspicace qui voit mieux que d’autres se préciser et se multiplier les « dérives » du nouveau régime ?

Jean-Michel Abimbola n’aura en fait pas été très péremptoire dans son observation faite à l’occasion d’une émission sur une chaîne de radio privée. C’était moins une critique qu’un constat suivi d’une explication de méthode. L’ancien Ministre souligne en effet immédiatement dans la suite de son propos que le président Patrice Guillaume Athanase Talon est à l’article du temps qui passe et qui passe vite. Il explique comme un membre de la mouvance présidentielle que la perception qu’il a procède du choix fait et annoncé par le Président Talon de n’exercer qu’un seul mandat à la tête du Bénin. Et que par conséquent, pour mener ses nombreuses réformes à bien, il lui faut aller vite.

Jean-Michel Abimbola, qu’on se souvient avoir vu tanguer vers l’opposition, avant de s’ancrer dans la continuité au soir du régime Yayi, aurait-il peur de se voir classer dans l’opposition radicale au régime Talon ? Peu importe. Le constat qu’il fait a le mérite de soulever une question : celle de la brutalité ou non de la méthode Talon. Sept mois en effet qu’il est aux affaires, et les choix du nouveau Président de la République et de son gouvernement ne concèdent rien aux critiques.

Que Patrice Talon dispose de peu de temps, cela se mesure plutôt à l’immensité de l’œuvre à accomplir qu’à la durée de son mandat. En 56 années d’indépendance dont douze d’instabilité chronique et maladive, 18 de dictature sordide, 26 de démocratie parmi lesquelles 10 de régime Yayi à la sauce aigre d’un cocktail chaotique de changement-refondation-émergence, le Dahomey d’hier et Bénin d’aujourd’hui, a d’innombrables défis à relever. Dans tous les domaines. Politiques, économiques, sociaux, scientifiques, culturels… Des défis qui appellent et exigent de l’énergie, de la poigne, de la volonté, de l’opiniâtreté et de l’abnégation.

C’est sans doute ce que Patrice Talon pense être en train de faire et qui est interprété comme de la « brutalité ». L’absence de pédagogie autour de certaines décisions, la « clandestinité »  de certaines autres, l’intransigeance de toutes, donnent à l’action publique sous le régime du Nouveau départ cette impression de rudesse que la figure austère de ceux qui en sont les acteurs les plus en vue, ne contribue qu’à renforcer. Patrice Talon, Pascal Irénée Koupaki, Joseph Djogbénou… De plus, leurs décisions en Conseils des Ministres se résument en suspensions. Suspension de ci, de ça… En limogeages. De celui-ci, de celui-là… En décisions peu consensuelles, même si leur pertinence n’est pas toujours contestée.

Le succès de toutes les réformes envisagées par Patrice Talon et les siens n’est pas possible, cela va de soi. Mais sur celles qui doivent aboutir, il faut au chef de l’Etat les faire adouber ou tout au moins les expliquer mieux à ce peuple qui a toujours voté pour la rupture sans jamais vouloir du changement « brutal ».

C’est mon opinion, et je la partage.

James-William GBAGUIDI

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