Grèves contre la rupture : les syndicats à l’offensive
23 novembre 2016
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Grèves contre la rupture : les syndicats à l’offensive

Vous avez dit « état de grâce » ? Cela fait déjà un moment que le gouvernement du Nouveau départ ne connait plus la signification de ce terme. Et pas seulement parce que la coalition de la rupture constituée dans la perspective de la présidentielle il y a huit mois et plus, a du plomb dans l’aile. En fait, après quelques semaines d’acclimatation aux pratiques du nouveau régime, d’observation des orientations stratégiques et de rappel de leurs revendications primordiales, les syndicats sont désormais passés à l’offensive. Des Affaires étrangères à la Santé, de la Justice à l’Agriculture sans oublier les Centrales elles-mêmes, les travailleurs béninois ont dégainé et sont déchaînés, c’est le moins qu’on puisse dire.

FESYNTRA FINANCES (Ministère des Finances), SYNTRASESH (Ministère de la Santé), SYNDIPAT MAE (Ministère des Affaires étrangères), SYNTRADER (Ministère de l’Agriculture), UNAMAB (Ministère de la Justice), pour ne citer que ceux-là. Quelques semaines après la sortie médiatique conjointe de la plupart des centrales syndicales en guise de protestation contre la gouvernance du régime Talon, il semblerait bien que le pays soit entré dans une nouvelle phase de confrontations gouvernements-travailleurs, la première véritable de l’ère de la Rupture. Licenciements abusifs par-ci, mauvaises conditions de travail et de vie par-là, mépris dans les rapports humains d’un côté, sourde oreille aux doléances ailleurs, les reproches des syndicalistes aux membres du gouvernement sont nombreux. Et certains justifient déjà des débrayages dans des secteurs sensibles comme les soins de santé et l’administration de la justice.

Une question au moins se pose dans ces circonstances : comment en est-on déjà arrivé là ? Et la réponse est bien entendu double, au regard des catégories d’acteurs en cause : d’une part les travailleurs, à l’offensive ; et d’autre part le Gouvernement, sur la défensive. Les premiers ont probablement, comme des chats échaudés, gardé un amer souvenir des pratiques de l’ancien régime qui consistaient à faire beaucoup de promesses, je dirais même à tout promettre sans jamais ou presque prendre les mesures pour traduire ces engagements en actes. Il faut compter aussi avec l’exaspération des  syndicalistes, sagement rangés depuis près de huit mois de gouvernance Talon, dans l’espoir que celui aux côtés de qui ils ont mené le combat de la résistance puis de l’alternance face à Boni Yayi, saurait lui, mieux que quiconque, traiter de leurs problèmes. Mais en face, et c’est pour ce qui concerne l’autre partie, un gouvernement lent et indolent, selon les propres termes d’un leader syndical. Lenteur et indolence qui justifieraient à son entendement les bruits de bottes qu’entendent faire entendre les travailleurs, quoi que cela puisse coûter tant aux usagers des services publics qu’à eux-mêmes.

En huit mois de gouvernance, le capital « paix sociale » du Bénin semble bien être parti en fumée. On est encore certes bien loin des bras de fer musclés, des échanges acerbes, voire des passes d’armes qui ont caractérisé les dernières années, notamment le deuxième mandat de Thomas Boni Yayi, mais si on n’y prend garde, c’est vite arrivé. A force de persuasion, voire même de subterfuges, le régime précédent avait su arracher des périodes de moratoire aux syndicalistes, le temps de se consacrer à d’autres dossiers préoccupants de la république. Mais depuis que les récriminations battent la mesure face au gouvernement Talon, il ne semble pas y avoir de réponses concrètes autres que les sourires forcés des membres des cabinets généralement commis à la tâche de recevoir les doléances des protestataires après leurs bruyants sit-in devenus des modes opératoires de lancement de leurs plates-formes revendicatives. Ce n’est en tout cas pas ainsi que se règlera la crise qui semble désormais s’installer et contre laquelle seule la solution d’un dialogue sincère ramènera la paix perdue. La solution se trouve peut-être dans le budget astronomique de 2010 milliards de francs CFA prévu pour l’année 2017. Et si c’est le cas, il serait temps de le dire clairement pour calmer les ardeurs des syndicalistes.

C’est mon opinion, et je la partage.

 James-William GBAGUIDI

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