Bénin, trafic présumé de drogue : les probables aboutissants d’une affaire aux tenants improbables.
1 novembre 2016
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Bénin, trafic présumé de drogue : les probables aboutissants d’une affaire aux tenants improbables.

Voici peut-être venu le nouveau feuilleton politico-judiciaire du Bénin. Ce qui a banalement commencé à circuler ce vendredi 29 octobre en cours d’après-midi sur les réseaux sociaux comme une mauvaise blague est en train de devenir la nouvelle affaire « tentative d’empoisonnement », qui risque bien d’empoisonner justement, si on n’y prend garde le quinquennat unique que disait encore il y a peu, vouloir accomplir, le Président Patrice Talon. Sébastien Germain Ajavon en garde-à-vue ! Déjà 72 heures et plus. Et ce n’est pas fini. Les rumeurs les plus folles et les hypothèses les plus farfelues émergentes de tous les foras de discussions : pour les uns, le magnat béninois des produits congelés est « enfin pris ». Pour d’autres, l’évidence du complot crève l’œil et les comploteurs sont tout-à-fait désignés : C’est soit un Patrice Talon rancunier pour avoir manqué de peu de se faire souffler la victoire à la présidentielle 2016 justement par Sébastien Ajavon ; soit un Boni Yayi revanchard qui doit l’effondrement de ses rêves d’éternité au tandem mis en place par Talon et Ajavon ; soit un Adrien Houngbédji qui verrait d’un mauvais œil l’implantation progressive dans son fief politique d’un nouvel adversaire aussi redoutable ; soit un Jean-Baptiste Satchivi, magnat de la volaille lui aussi, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin, adversaire de vieille date de Sébastien Ajavon ; sans omettre la multitude de petits ennemis aux crocs acérés qui ostensiblement ou non, souhaitent depuis toujours, voir s’effondrer l’empire économique et commercial mis en place par le Président du Patronat béninois.

Pour autant qu’elle demeure indépendante et intègre, la justice béninoise devrait pouvoir situer les responsabilités. En attendant, les implications de cette scabreuse affaire pour toute la république sont immensurables.

Cela commence par l’image que cette affaire donne du Bénin à l’extérieur. A la réputation déjà actée de plaque tournante du trafic de drogue intercontinental, il faut désormais ajouter celle d’un pays où le phénomène concernerait les plus hauts cercles des affaires et de la politique. Surtout que le commun des mortels n’attend généralement pas d’avoir des preuves pour se faire son idée propre sur ce genre de sujet. Il sera également mis en évidence le niveau d’ignorance ou d’amateurisme de certaines forces de sécurité dont un haut responsable se permet de venir clamer à la télé que la substance saisie dans un conteneur est bien de la « cocaïne pure », sans que l’on sache si vérification en a été faite par les laboratoires habilités. Le pire étant quand ce responsable sécuritaire évalue cette substance, 18 kilogrammes à 9 (neuf) milliards de francs CFA, je ne sais par quelle alchimie. Alors même qu’au prix de vente sur le marché européen, marché de destination, la quantité totale saisie ne s’évaluerait pas à plus de 415 millions de francs CFA. A se demander comment un intermédiaire, quel qu’il soit, puisse en tirer des dividendes d’une valeur de 9 (neuf) milliards de francs CFA !

La rivalité Ajavon-Talon que certains observateurs voient déjà dans cette affaire, ne risque pas non plus d’arranger l’image d’un pays péniblement sorti il y a peu d’un autre bras de fer du même type, celui qui opposa durant la quasi-totalité de son second mandat le Président Thomas Boni Yayi et celui qui lui succèdera à son grand dam, Patrice Guillaume Athanase Talon. Et s’il devait en être ainsi, ce n’est pas que sur l’image du pays que cette guerre aura un impact négatif. L’économie déjà durement touchée par la crise au Nigeria, le commerce intérieur, l’emploi, les recettes fiscales et douanières… Tout y passera.

Enfin, c’est une crise politique de grande ampleur qui se profile à l’horizon. Une de ces crises dont se relèvent difficilement les Etats. Une crise dans laquelle beaucoup d’acteurs politiques auront bien de mal à se positionner. Choisir ou non ? Pourquoi choisir ? Qui choisir ? Une crise qui peut entraver les réformes politiques, économiques et sociales promises par le gouvernement de la rupture pour le bonheur des Béninois. Ce n’est certainement pas ainsi que Patrice Talon peut espérer se faire « porter en triomphe » à l’issue de son mandat comme il l’espère. C’est pourquoi je reste perplexe quant aux insinuations qui font du Chef de l’Etat le Machiavel qui jugerait bon de se débarrasser de l’ex-ennemi redevenu ami, de l’adversaire potentiel et du faiseur de roi qu’est pour lui Sébastien Germain Ajavon.

C’est mon opinion, et je la partage.

James-William GBAGUIDI

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