Bénin : la mélancolie du changement.
14 octobre 2016
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Bénin : la mélancolie du changement.

Dérive dictatoriale ! Violation de la constitution du 11 décembre 1990 ! Trahison ! Ingratitude ! Remise en cause des libertés publiques ! Décision nulle et non avenue ! Les superlatifs n’ont pas manqué ces derniers jours pour qualifier la mesure gouvernementale de suspension d’activités des organisations estudiantines sur les quatre universités nationales du Bénin, dans le cadre, a-t-il laissé entendre, de mesures de sécurité. Une bonne partie de la société civile et certains cadres politiques,  sont vent-debout contre la mesure et l’expriment avec véhémence. C’est la première fois en effet qu’une mesure d’une telle gravité est prise. Au-delà des joutes verbales en cours et de la légalité ou non de la décision, il se joue peut-être sur les plates-bandes du régime Talon l’avenir d’une nation qui a sans doute besoin d’une main de fer dans un gant de velours pour accepter que son bonheur se fasse malgré lui et aussi un peu malgré le droit.

Le peuple béninois est contestataire. Héritage de l’époque coloniale et donc de la France, pays colonisateur, où aujourd’hui encore, la défiance à l’égard de l’Etat, le pessimisme ambiant restent des plus notables en Europe, voire dans le monde. Au Bénin, ce n’en est pas loin. C’est sans doute ce qui a fait dire au Général Mathieu Kérékou que le pays était certes petit, mais son poids, lourd à porter.

Le peuple béninois est aussi incivique, c’est le moins qu’on puisse dire. A certains égards. Le respect du bien public notamment. C’est avec une déconcertante facilité que l’on urine ou que l’on jette les ordures ménagères dans la rue, c’est sans ciller que l’on déverse les eaux usées sur les voies publiques, c’est en toute insouciance que l’on engorge les caniveaux, que l’on saccage les édifices et infrastructures publics quand on est en colère, etc. Sur le campus d’Abomey-Calavi, nul ne peut contester les récents dérapages que furent la séquestration et les tortures mortelles infligées à un agent de police en 2012, l’incendie du véhicule du directeur de l’ENAM en 2015, la tentative d’incendie de l’amphi Idriss Deby Itno, les actes de vandalisme, l’aspersion de substances malodorantes dans les salles de composition en vue d’empêcher le déroulement des examens, etc. On peut également citer la forte propension du Béninois à contourner l’Etat, tant qu’il n’en a pas un besoin urgent. La contrebande, qui fait perdre des milliards de francs par jour à la douane et qui entrave gravement la survie de secteurs vitaux de l’économie en est une des manifestations les plus évidentes. Même la corruption, le népotisme, le régionalisme banalisés, sont des manifestations de cette apatridie que peu de Béninois peuvent contester chez leurs compatriotes.

De l’école primaire au campus universitaire, la classe politique à la société, de l’establishment au gouvernement, cette attitude du Béninois a besoin d’être expurgée. Et pour y parvenir, qui mieux qu’un Chef de l’Etat qui ne rêve pas de s’octroyer ou de se faire octroyer un second mandat ? Qui mieux qu’un dirigeant de vision, un homme opiniâtre ? Si Patrice Talon a annoncé sa ferme intention de n’exercer qu’un mandat, la question est de savoir s’il incarne bien ce Président désintéressé, objectif et ferme capable de conduire le citoyen béninois à l’amour de la patrie. Bien sûr, le cœur humain est insondable, et on ne peut à quiconque donner le bon Dieu sans confession. Mais il me semble bien que le Bénin tient une occasion inespérée de tenter de se réformer. C’est ce que l’autre a appelé « la nouvelle conscience ». Cela ne se fera pas sans douleur, ni sans résistance. Il faut aider Patrice Talon à y parvenir, en le canalisant notamment. Pas en essayant de l’en empêcher. Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie, disait Anatole France.

C’est aussi mon opinion, et je la partage.

James-William GBAGUIDI

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